Démarche-énoncé

Des niveaux de conscience particuliers – Visions expérimentales urbaines

Des dispositifs lumineux révèlent des espaces qui tendent à déstabiliser les repères habituels. 
Mes installations entraînent le public à entrer dans des lieux saturés de lumières intenses et de variations chromatiques déterminées par certaines longueurs d’ondes, elles troublent les sens. La lumière transpose le visiteur dans un espace autre, modifié, densifié. Le visiteur est comme aspiré dans une immersion lumineuse et mouvante qui entraîne soit une perturbation physique des repères spatiaux ou une perturbation physiologique des repères perceptifs.
L’expérience de l’espace dans sa nouvelle configuration lumineuse devient expérience physique et esthétique.
Mes recherches m'ont amenée à explorer l'influence de la lumière sur les systèmes biologiques humains, à expérimenter les limites de la perception et les effets psychotropes de la lumière.
La lumière est comme un révélateur d’une influence constante sur nous-mêmes, qui annonce la confrontation avec l’instant présent.
L’expérience de l’espace dans sa nouvelle configuration lumineuse souligne que ces lieux investis donnent très souvent aux visiteurs une entière liberté de déambuler dans les espaces sans obstacles, vides mais emplis de la matière lumière.

Platon nommait la couleur : pharmakon, drogue. Pour Barthes la couleur submerge.

Certaines oeuvres proposent au public de participer à ces expérimentations en entrant directement dans - les lieux stimulants et sans sommeil provoqués par un bain de lumière rouge et verte à la galerieGuggenheim de Los Angeles (2002) et, à la piscine Pontoise à Paris pour la première Nuit Blanche- des installations troublant la perception visuelle dans le Singapore Art Museum (2001) - dans la lumière hypnotique engendrée par les installations Capsule HypnotiqueVoyage Hypnotique etSommeil Artificiel à Paris et Brest (2003), et Vertigo sur la Gaîté Lyrique à Paris (2004) - dans de nouvelles expérimentations lumineuses provoquant un vertige visuel au Bauhaus de Dessau: Vertige en apesanteur (2004), à Genève sur le lac, sur la façade de l’AFAA à Paris : Horizon hallucinatoireTrajectoires Absorbées dans la Grande Galerie du Forum des Halles à Paris, dans un laboratoire de lumière ou une sensation de flottement au Centre Georges Pompidou avec Phénoménologie de la lumière et En flottement (2005) œuvres pérennes. D’autres expérimentations physiques déstabilisantes entraînant l’éblouissement provoquent le sentiment de présence chez le spectateur avecMixage Phosphénique (Lyon 2006) et Arising (Cergy le Haut 2006). Et Déferlante (Luce di Pietra, percorso di arte contemporanea 2007) dans le Palais Farnèse à Rome magnétise et hypnotise notre regard tandis que nous nous sentons en apesanteur. D’autres expériences de la lumière sont possibles avec Pénétrer l’Invisible et Hommage à Rothko dans le musée Palazzo delle Esposizioni à Rome ou encore Densité sur la mairie du 4°arrondissement à Paris. Dans l’Invisibilité, commande permanente de l’ENSAV à Versailles la lumière artificielle disparaît pour ne laisser visible que la lumière naturelle. Horizon Persistant (2008) sur la maison Hermès à Paris configure des plages lumineuses changeantes le temps d’un clignement d’œil, comme une coulée interstitielle du temps renforçant notre état hypnotique. Des variations chromatiques créent mouvement et profondeur et, modifient la perspective, transforment le site de l’Institut des Arts Visuels d’Orléans, comme doublé d’une vision (2009). Lorsque l’énergie se concentre en un cercle rouge vif au-dessus de nos têtes nous sommes comme enchaînés à l’espace de la galerie Delacroix ( 2010) à Tanger où le dispositif est indépendant du visiteur qui subit étouffement puis respiration. 
L’appropriation lumineuse du musée de l’Oural (2010) en Russie à Ekatérinbourg se transforme en un paysage électrique. Sur la place Malraux à Paris Crépuscule persistant (2010), commande publique de l’Etat pour le Ministère de la Culture, entraîne le passant dans son mouvement rotatoire. La ligne d’horizon lumineuse dans le musée du MACRO à Rome (2011) descend ou monte. l’œuvre offre des niveaux lumineux variables qui font perdre au visiteur ses repères d’altitude alors qu’il grimpe ou descend l’escalier. Sur la Galerie des Gobelins à Paris (Manufacture des Gobelins) les verticales de lumière se lient les unes aux autres, se juxtaposent, et déplient l’espace de la façade en créant deux espaces chromatiques complémentaires et en mouvement.
Lors de la Biennale la Science de l’art en Essonne et pour la Nuit blanche de Montréal (2012), un centre culturel et une patinoire ont été couverts d’une lumière agissant comme un sédatif d’une longueur d’onde de 420 nanomètres soit un bleu indigo-violet profond qui entraîne un niveau de perception du lieu minime, juste avant l’invisibilité.
La Fondation EDF lui commande en 2013 une installation lumière, celle-ci immerge l’ensemble de son espace museal parisien dans un mouvement horizontal et lent. L'instabilité des contours du lieu dans ce mouvement continu et perpétuel de la lumière crée une sorte de fuite des repères.
Au musée MOCA (Chengdu, Chine) un cercle de lumière suspendu traverse cimaises pour s’épandre dans l’espace du musée tandis que des lumières immersives s’y projettent incluant le public. A Pékin dans The Temple, ancien temple désacralisé, deux installations, occupant un mur au-dessus d’un bassin et un autre mur d’enceinte, se déroulent dans un espace-temps comme une fluidité lumineuse et élastique, hypnotique qui suspendent les lieux.
A la basilique Saint-Denis, un tracé formel au dédoublement lumineux et finalement sinueux s’introduit sur les gisants. La Lisière du visible est une œuvre de commande du centre des Monuments Nationaux.
En 2015, le nouveau musée LUXELAKE à Chengdu (Chine) présente l’oeuvre L’espace s’écoule, une œuvre spécifique à l’espace d’exposition qui le transforme en un lieu en expansion, mental, géométrique.

Nathalie Junod Ponsard